De omni re scribili et quibusdam aliis

« Or le monde n’est ni signifiant ni absurde. Il est, tout simplement. » (Robbe-Grillet)

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« La vie, quant à elle, est bien au-delà de tout réveil. La vie n’est pas conçue, le corps n’en attrape rien, il la porte simplement » (Derrida)

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« Le possible ne préexiste pas, il est créé par l’événement. C’est une question de vie. » (Deleuze & Guattari)

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Sequere deum

« Plus une âme est innocente moins elle hésite. » (Maritain)

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« L’impossibilité est infiniment plus grande lorsqu’on veut se représenter « l’être » comme l’universel opposé à n’importe quel étant. » (Heidegger)

Νεφέλαι

« Dans un environnement fluide et mouvant, les vérités éternelles restent des idées en l’air » (Zygmunt Bauman)

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« Un paradoxe véridique enferme une surprise, mais la surprise se dissipe vite tandis que nous considérons la preuve. Un paradoxe falsidique enferme une surprise, mais nous la voyons comme une fausse alerte quand nous corrigeons la faute sous-jacente. Une antinomie, cependant, enferme une surprise que rien ne peut accommoder sinon la répudiation d’une partie de notre héritage conceptuel. » (Willard van Orman Quine)

Medicus curat, natura sanat

« La pulsion de mort c’est le réel en tant qu’il ne peut être pensé que comme impossible. C’est-à-dire que chaque fois qu’il montre le bout de son nez, il est impensable. Aborder cet impossible ne saurait constituer un espoir, puisque cet impensable c’est la mort, dont c’est le fondement du réel qu’elle ne puisse être pensée. » (J. Lacan)

 

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« Car je ne me pense comme mortel qu’à penser que ma mort n’a pas besoin de ma pensée de la mort pour être effective. » (Q. Meillassoux)

Sum ergo Cogito

« La pensée est toujours représentée comme un édifice plus ou moins habitable, chacun parle de cet édifice de la pensée où se pressent les philosophes et leurs fidèles, tous plus ou moins agités, ne cessant d’entrer et de sortir. Mais on ne peut pas représenter la pensée. Pour moi, c’est cela, ma pensée : des vitesses que je ne peux pas voir. » (Thomas Bernhardt)

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« Esprit inculte, cœur corrompu, & toi profane, qui jamais ne fis la cour aux Nymphes d’Hélicon, & ne vis jamais leurs brillantes Orgies, éloigne-toi de ce noble Théâtre, qu’il te suffise de le louer. » (Aulus Gellius)

Requiescat in pace

« L’Honneur est-il dans l’obéissance absolue au pouvoir légal, ou dans le refus d’abandonner des populations qui allaient être massacrées à cause de nous ? J’ai choisi selon ma conscience. J’ai accepté de tout perdre, et j’ai tout  perdu. (…) Je connais des réussites qui me font vomir. J’ai échoué, mais l’homme au fond de moi a été vivifié. » (Hélie Denoix de Saint-Marc, L’aventure et l’espérance)

 

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« Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie…

En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique. On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos cœurs au désespoir.

Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français.

Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie : “ L’Armée nous protégera, l’armée restera “. Nous pensions à notre honneur perdu.

Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés.

Que nous devions sauver notre honneur. Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.

Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés. Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales.

Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé. C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

Terminé, Monsieur le président. »

 

(Déclaration du commandant Hélie Denoix de Saint Marc devant le haut tribunal militaire, le 5 juin 1961)

Ἄργος

« La formule abstraite du Panoptisme n’est plus « voir sans être vu », mais « imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque ». » (G. Deleuze)

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Ce texte constitue notre traduction de l’éditorial d’Alex Berenson paru le 25 juin 2013 dans le New York Times et intitulé Snowden, Through the Eyes of a Spy Novelist.

***

Snowden, vu par un auteur de romans d’espionnage

par Alex Berenson

Aux yeux d’un auteur de romans d’espionnage – ce que je suis – l’histoire d’Edward J. Snowden est exemplaire. Un homme mû par son ego et son idéalisme – qui pourrait les distinguer ? – quitte son travail et sa petite amie. Il décide de divulguer au monde l’advenue du Panoptique. Ses maîtres se jurent de le punir, et il part pour Moscou dans un effort désespéré de trouver un refuge. En réalité, il arrive dans le pays le plus dangereux qui soit pour un dissident, là où les autorités les éliminent impitoyablement en les aspergeant de polonium. Pour l’instant, il est en sécurité : il est utile à ses nouveaux amis russes. Mais s’ils changeaient d’avis…

J’aimerais être l’auteur de ce synopsis.

Mais M. Snowden n’est pas un personnage de roman : il est un individu bien réel. Et je suis fort marri de voir le cours de sa vie totalement bouleversé.

Il y a deux semaines, cette affaire avait des airs de farce. Malgré le raffut causé par ses premières révélations, tous ceux qui s’intéressaient à ces sujets savaient pertinemment que la NSA était à l’écoute des communications électroniques, et ce à l’échelle mondiale. Dans mes romans, les personnages considèrent d’ailleurs comme un fait acquis que tous les courriels qu’ils enverront seront lus, et tous leurs coups de téléphone écoutés.

Ce que M. Snowden semblait d’abord vouloir – et à raison – était de forcer ces espions électroniques à répondre clairement aux questions suivantes : sauvegardez-vous les courriels, les échanges Skype et autres communications électroniques ? Et qu’en est-il des appels téléphoniques ? Pour combien de temps ? Qui a accès à ces données, et un mandat en bonne et due forme est-il requis dans chaque cas ? De quelle manière les appels entre citoyens américains sont-ils traités ? Etc. En dépit de nombreuses promesses de clarification de la part de la Maison Blanche, les réponses à ces questions demeurent obscures.

Apparemment, M. Snowden a donc rendu au monde un fier service. Mais la semaine dernière, ses anciens employeurs et lui-même ont commis des erreurs tactiques, de telle sorte que son histoire devient plus compliquée. Au début, M. Snowden n’était pas un espion, et le qualifier ainsi est absurde. Car les espions ne divulguent pas leurs secrets gratuitement.

Pensait-il qu’il serait considéré comme un héros ? Peut-être. En tous cas, selon ce qu’écrivait Keith Bradsher du Times, il semble qu’il croyait qu’il aurait été autorisé à rester tranquillement à Hong Kong pendant que le monde digérerait ses révélations.

Compte tenu de la manière dont le gouvernement Obama poursuit en justice les auteurs de telles fuites, il était bien optimiste de la part M. Snowden d’escompter un futur sans ennuis. De fait, la fureur de Washington et du monde du renseignement s’est révélée sans limites. Le député Peter T. King, un Républicain de l’État de New York, un converti sinon enthousiaste, du moins de la dernière heure, a qualifié M. Snowden de « transfuge ». Le sénateur Bill Nelson, un Démocrate de Floride, a déclaré que M. Snowden avait commis un « acte de trahison ». Les procureurs fédéraux ont préparé une inculpation dans les règles. La Maison Blanche a demandé à Hong Kong de rapatrier Snowden – et, étonnamment, semblait penser que leur demande d’extradition serait traitée comme n’importe quelle autre. « Nous vous envoyons les papiers, et vous l’extradez, d’accord sheriff ? »

Confronté à la perspective de passer des décennies en prison, M. Snowden a paniqué. Au lieu d’attendre que Hong Kong ou ses maîtres de Pékin décident de son sort, il est parti pour Moscou avec ses ordinateurs portables sous le bras. Il a donc maintenant l’opportunité de voir de près une dictature molle (quelle jolie expression…) Dimanche, WikiLeaks, ces naïfs de bonne volonté qui « aident » M. Snowden, ont déclaré que l’aéroport Sheremetyevo ne serait qu’une étape du voyage. Mais il est improbable que les autorités russes le laissent partir avant d’avoir appris tout ce qu’il sait. Lors de ses entretiens à la presse, M. Snowden a déclaré qu’il possédait encore de nombreux secrets dans ses disques durs, et il n’y a aucune raison de ne pas le croire. Il a déjà divulgué des détails au sujet de l’espionnage anglo-américain d’une conférence qui s’est tenue à Londres en 2009.

M. Snowden s’est mis dans une situation terrible. Moscou le protégera certainement aussi longtemps qu’elle désirera irriter Washington. Mais lorsque les Russes auront fini de fureter dans ses ordinateurs portables, il sera devenu de facto leur espion, qu’il le veuille ou non. Et Pékin a sûrement fait la même chose. Certains officiers des renseignements pensent en effet que les espions chinois ont copié les disques durs de M. Snowden durant son séjour à Hong Kong.

Nous avons traité un lanceur d’alerte comme s’il était un traître – et donc l’avons rendu tel. Beau travail ! Quelqu’un à la Maison Blanche (ou à la CIA ou à la NSA) a-t-il considéré la possibilité de prendre l’avion pour Hong Kong et de traiter M. Snowden comme un être humain, de lui donner l’opportunité de témoigner devant le Congrès et lors d’un procès équitable ? Il serait peut-être finalement allé voir tout de même le président Vladimir Poutine, mais au moins il aurait pu faire autrement. Les gardiens des secrets y auraient gagné eux aussi : une audition devant le Congrès aurait été un prix modeste à payer pour ramener M. Snowden et ses précieux disques durs sur le sol américain.

Il est possible de voir ces dernières semaines comme une tragédie pour M. Snowden – qui paraît avoir été motivé par des raisons parfaitement louables et qui se trouve maintenant pris dans l’alternative entre une vie en exil ou une vie en prison – mais aussi comme un immense dommage que s’est auto-infligée la communauté américaine du renseignement. Si les chefs de l’appareil étaient vraiment prêts à un débat honnête au sujet de l’étendue de leurs pouvoirs, M. Snowden n’aurait peut-être pas fini à Moscou, mais à Washington, sa petite amie à ses côtés sur les marches du Capitole, avec devant lui quelques années en prison avant de devenir consultant à l’Electronic Frontier Foundation.

Bref, on aurait assisté à un dénouement digne des productions hollywoodiennes. Mais le monde réel est impitoyable.

L’Impressionnisme Littéraire

Par Virginie Pouzet-Duzer

 

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Ici, aux Presses Universitaires de Vincennes

Analyse de la période impressionniste, en littérature comme en peinture, où comment les peintres influencent les auteurs, et réciproquement.

Depuis les années cinquante, il n’y a pas eu d’ouvrage publié en France qui soit consacré à la seule question de l’impressionnisme littéraire. Ce livre se veut le pionnier d’un champ d’études encore aujourd’hui relativement inexploré, tandis que les publications transatlantiques autour de la question de literary impressionnism sont assez nombreuses depuis le début du XXIe siècle.

L’approche choisie est volontairement éclectique et phénoménologique : l’époque impressionniste est au cœur de l’analyse. Ainsi les échanges artistiques entre peintres et écrivains constituent-ils une manière de saisir ce qui, au point de contact entre texte et image, permit la naissance de l’idée même d’impressionnisme littéraire. Du côté de la peinture, Manet et Degas ont la part belle, tandis que tous les genres littéraires de l’époque sont considérés, par le biais d’auteurs aussi différents que Zola, Mallarmé, les Goncourt, Verlaine, Bourget, Huysmans, Rimbaud et Daudet.

In Memoriam Jean Bastien-Thiry

Il y a cinquante ans aujourd’hui, le régime gaulliste assassinait le colonel Jean Bastien-Thiry.

Nous reviendrons bientôt sur cette « question ».

Mais on peut lire dès présent l’intégralité de sa déclaration du 2 février 1963 ici.

A suivre, donc.